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  • Ruth Joiner

Dans la cuisine de la sorcière


Le RPPN c'est avant tout vous ! Les membres.

Nous remercions Rachel, l'une de nos membres, pour son retour d'expérience qui, on l'espère, vous inspirera sur vos beaux chemins de la pédagogie par la nature !


Comment j’ai découvert que j’étais (un peu) sorcière


Ceux qui ont participé à mon atelier lors des Rencontres Nationales à Jambville en Octobre 2020 ont déjà entendu ce début de l’histoire.…. Qui a continué depuis !

Mercredi 2 Septembre, un groupe d'enfants de CP-CE1 avec plusieurs nouveaux venus découvrent pour la première fois le centre de loisirs La Poudrerie (département du 93), et ses animateurs. Je suis moi-même nouvelle… j'ai rejoint l’équipe d’animation en tant que stagiaire en alternance au sein de la mairie de Livry Gargan dans le cadre d’une formation de BPJEPS (avec les CEMEAS).

Que pouvais-je apporter aux enfants dans l’ACM La Poudrerie, entre 9h et midi tous les mercredis, hors vacances scolaires ? Je souhaitais fermement mettre en place des activités inspirées par le mouvement des Forest schools anglo-saxonne. Jusqu’où pourrais-je pousser la réflexion de mes collègues, pour allonger le temps de dehors, et élargir le concept de la salle d’activité pour englober la mienne ? Il s’agit là d’un retour d’expérience de quelques mois… des débuts prometteurs.

Mon idée d’accueil des nouveaux pour la rentrée ?

La préparation d’une potion magique dont les ingrédients se trouvent dans les différents lieux du centre, intérieur et extérieur, et auprès des membres de l’équipe encadrante. C’est ainsi que les enfants explorent, partent à la rencontre des adultes, des salles d’activités et de la cour extérieure. Ils découvrent les arbres du centre, comme l’arbre à trois têtes ou l’arbre amoureux. Une première couche de rencontre/connexion est posée. Mes chances d’obtenir une autorisation d’allumer un feu dans ce cadre sont minces. J’opte donc pour une évocation de l’esprit du feu, en faisant cuire la potion magique sur le feu invisible. En partant du centre ce jour-là, un enfant me lance « tu es une sorcière ? »… bah, ma foi, sur le coup je ne sais pas trop quoi répondre. Avec mes cheveux blancs, et accent biscornu, héritage de ma culture américaine, je peux éveiller les soupçons. Plus le temps passe, plus je comprends que j’étais repérée, nommée, et j’assume cette part en moi pour aller à la rencontre magique qui commence à s’opérer entre les enfants, moi, et la forêt.


Un va et vient s’installe entre nous : les enfants me montrent ce qui les intéresse, ce dont ils ont besoin, ce vers quoi nous pouvons aller. J’utilise l’observation des enfants et le jeu libre comme outils de diagnostic pour nourrir ma posture et façonner mes propositions. Et j’essaie de rester la plus présente et la plus souple possible quand je suis avec les enfants, pour répondre au plus vite et au plus près, à leurs signaux.

Ils ont par exemple, tant adoré la sorcière et la magie qu’elle infuse que je l’ai faite revenir. Avec le livre Dans la cuisine de la sorcière, elle a invité les enfants à faire des sablées magique (cuisine de boue), et ses messages posés au creux de l’arbre à trois têtes me servent d’accroche pour nos activités. C’est elle, avec sa poudre magique, qui a intensifié les sens des enfants et les a aidés à voir les visages des arbres.

La magie et la sorcière sont un fil rouge que j’exploite pour entrer et habiter l’imaginaire avec les enfants, mais aussi pour parler du réel, car qu’étaient-elles, ces sorcières, si ce n’est des femmes aux savoirs du monde naturel, maîtrisant les propriétés médicinales des plantes ? Grace à la sorcière j’ai pu parler des remèdes qui se trouvent littéralement sous nos pieds : par un message caché au creux d’un arbre, elle nous a fait découvrir le Plantain.

Le 9 décembre dernier, j’ai vécu un moment très fort : nous avons ramassé les glands, les marrons et autres graines tombées dans la cour (très piétinée) du centre de loisirs, pour les mettre là où ils pourront grandir. Pour améliorer notre « pouponnière » d’arbres, nous avons cherché des feuilles mortes pour les nourrir, puis... tout d'un coup, une fille est venue me chuchoter à l'oreille qu'elle a trouvé un ami arbre, et qu'elle lui a fait des câlins. Depuis, d’autres enfants sont venus me dire qu’eux aussi souhaitaient devenir amis avec un arbre. Ce mouvement d’amitié inter-espèce, complètement spontanée, m’a profondément touchée. Mes ateliers sont systématiquement complets, je dois refuser du monde, les enfants sont en demande et je sens qu’un lien s'opère. J'en suis extrêmement heureuse et reconnaissante. Je n'étais pas sûre de pouvoir influer dans ce sens, dans le cadre d'un accueil de loisirs à la culture, oh combien différente de la PPN.

J’étais notamment un peu anxieuse concernant mes sorties en forêt : explorer sans pouvoir montrer un objet qui manifesterait les savoirs acquis, les expériences… En effet, ma pédagogie est focalisée sur le processus, pas les résultats. Be, not have.

Un exemple très parlant est la peinture avec la boue : un flop total au niveau résultat… aucun de ces dessins n’était gardable, mais quel bonheur pour les enfants lors de leurs réalisations !!

Aujourd’hui j’assume ma posture pédagogique et je pense que l’équipe et les parents comprennent petit à petit… pour l’instant je n’ai eu que des retours positifs ! Même le fait de se salir n’est pas mal reçu, tant que les enfants s’amusent.

Il est clair que ce cadre ne me permet pas de mener des projets tels que je les conçois. Je dois conjuguer les exigences de ma formation, et les caractéristiques de ma mairie, les politiques, les cultures de chaque service, les personnes etc. Mais j’y vois une opportunité, un défi, qui sur le long terme, je l’espère, me permettra de développer des programmes intéressants.

Moi aussi je rêve d’un projet idéal, d’un établissement PPN, quelque part, à moins de 15 minutes de chez moi où je pourrais pratiquer ma démarche pédagogique de jeu libre et d’apprentissages en nature, sans m’épuiser à lutter à contrecourant. A default d’en ouvrir un immédiatement (sur un terrain inaccessible, dans un cadre inexistant pour le moment), je me suis donné à ce défi, avec toutes ses leçons. Mon bilan ? Je suis gagnante !

Rachel ZETLAND

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