L'appel de la forêt... La Pédagogie Par la Nature : une approche à s’approprier

Quelles sont nos intentions quand nous pratiquons la Pédagogie Par la Nature avec les enfants ? Comment s’approprier les principes et les théories de cette approche ?


C’est en travaillant avec les enfants autistes dans la nature que cette approche a pris du sens pour moi.

Tout est parti d’un désir profond d’aider les enfants autistes à développer leurs apprentissages et à s’épanouir en tant qu’être humain unique.

Après quelques années d’expérience à travailler principalement avec les enfants autistes dans la nature, puis une formation Forest School en Angleterre, je décide de créer mon projet inspiré en partie de cette approche ; La Forêt Bleue.


J’ai voulu créer dans la nature :

  • Un espace sécurisant, relaxant, où les enfants, et les enfants autistes en particulier, ne sont pas stressés par les stimulations sensorielles de la vie de tous les jours (bruits de voitures, de ventilation, lumières artificielles, foule de gens…).

La nature, dépourvue de toutes ces stimulations sensorielles stressantes, est un milieu apaisant. Elle offre aux enfants l’espace et les ressources nécessaires pour apprendre à se réguler au niveau sensoriel et émotionnel.


Grâce à une évaluation continue des risques et en prenant en compte sa capacité de compréhension et d’assimilation, l’enfant peut évoluer dans cet espace en toute sécurité.

Par exemple, si l’enfant a des difficultés pour intégrer la dangerosité de certaines plantes, telles que des orties ou des baies non comestibles, je délimite cette zone en expliquant à l’enfant pourquoi il ne peut pas y accéder pour le moment. L’évaluation des risques inclura aussi ceux liés aux activités proposées.


Je tiens compte également des besoins sensoriels spécifiques des enfants participants.

Par exemple si un enfant a besoin de se balancer, je prends soin d’installer un hamac, ou une balançoire, ou si un enfant est hypersensible au bruit, je prends soin de ne pas utiliser d’objets trop sonores tels qu’un carillon, ou autre.





  • Un espace où les enfants sont encouragés à explorer librement, et où ils sont libres de bouger et de jouer à leur manière.

En encourageant l’exploration et le jeu libre dans la nature, l’enfant apprend à se connaitre et découvre ses capacités, il prend confiance en lui, en sa manière unique de percevoir le monde. Et en ayant accès à cet espace régulièrement, il créé au fil des saisons une connexion naturelle à son environnement.


J’ajoute ainsi dans cet espace des éléments inspirants pour les enfants, tels que la cuisine de boue qui invite à la découverte sensorielle et au jeu libre, une « boite à outils » (avec par exemple de la ficelle, des loupes, des crayons, des craies, du papier, des ciseaux…) qui permet aux enfants de déployer leur inventivité, des livres qui inspirent et encourage l’imagination, et une activité/jeu spécifique (par exemple une activité sur la reconnaissance de la forme des feuilles, ou la fabrication d’un mobile…) pour susciter la curiosité, la créativité, et l’exploration dans la nature.

En fonction des enfants, de leur façon d’interagir avec l’environnement, et de leurs intérêts, je retire ou je rajoute des éléments.



Cet espace favorise aussi le mouvement naturel de l’enfant, il est libre de se déplacer et de bouger: certains enfants préfèrent explorer en se concentrant essentiellement à un endroit particulier (par exemple à la cuisine de boue), d’autres ont besoin d’explorer l’environnement dans sa globalité en passant d’un endroit à un autre en marchant, courant, sautant…



En étant présente avec les enfants, sans jugement, je partage leur enthousiasme, leur émerveillement et leur joie de découvrir.

Petit à petit une vraie relation de confiance se créée avec l’enfant.


Je donne aussi à l’enfant la possibilité de se dépasser, de prendre des risques, tout en lui laissant la liberté de faire ses propres choix, sans stress.

Grâce à une relation de confiance avec l’enfant et en l’accompagnant dans ses actions, il apprend à mesurer et à évaluer lui-même les risques, et il développe sa confiance en lui, sa résilience.

Chaque enfant a besoin de se dépasser différemment. Par exemple un enfant peut prendre des risques en portant une branche lourde, ou en marchant sur une branche, en sautant d’une souche d’arbre, en enjambant des racines dans sa course…



o Un espace où les enfants peuvent développer leurs intérêts et leur créativité.


Pour permettre aux enfants d’aller encore plus loin dans leurs explorations et développer leurs intérêts dans la nature, les enfants ont parfois besoin d’acquérir des connaissances supplémentaires.

En observant les enfants et en étant à leur écoute attentive, je peux parfois communiquer, partager spontanément des savoirs nécessaires pour aider l’enfant à progresser, que ce soit par exemple pour faire des nœuds pour lier deux bouts de bois ensemble et faire un tipi ou pour évaluer la quantité de châtaignes ramassées.

En me questionnant et en le poussant à se questionner, nous apprenons ensemble.


Je ne mets pas de pression sur l’enfant pour qu’il comprenne ou enregistre une information tout de suite, chaque enfant apprend à son rythme de façon optimale, il n’y a pas d’attente vis-à-vis de l’enfant, pas d’obligation de résultat.

Je mets aussi en place des activités ou des jeux centrés sur les intérêts et les besoins spécifiques des enfants pour leur fournir les connaissances nécessaires pour avancer dans leurs apprentissages.

Par exemple si un enfant est intéressé par les animaux de la forêt, je peux installer un jeu/activité sur les animaux de la forêt, ou si un enfant est passionné par la collecte d’objets naturels (« loose parts »), je peux mettre en place par exemple un jeu sur la comparaison des volumes, des poids.

Ces activités sont simplement des propositions faisant partie intégrante de l’environnement que l’enfant va explorer librement sans obligation, sans notion de réussite ou d’échec. Guidé par ses intérêts, l’enfant choisit dans l’environnement ce qui a du sens pour lui.



o Un espace où les enfants développent naturellement des relations sociales.


La nature est le milieu idéal pour favoriser les interactions sociales sans la pression de codes sociaux développés dans un environnement conditionné par l’homme.

Dans ce milieu apaisant, l’enfant est plus ouvert à la communication sociale avec les autres.


Je communique ainsi avec l’enfant sans mettre la barrière des codes sociaux, je crée avec lui une relation humaine sans hiérarchie sociale. Je ne le force pas à parler ou à me répondre d’une certaine manière, la communication se fait aussi sans les mots.


Je facilite si nécessaire la communication­ entre les enfants dans une atmosphère de non-jugement et de compassion. Les enfants s’enrichissent et apprennent les uns des autres.


Sans ressentir la pression de s’inclure dans un certain cadre social, l’enfant découvre la signification des relations humaines simples, et il développe naturellement un sens d’empathie, de compassion pour les autres et pour lui-même.



Et si tous les enfants avaient accès à cet espace où ils sont libres d’explorer, de se découvrir, de développer leurs intérêts et leur créativité pour pouvoir s’épanouir en tant qu’être humain unique ?

Pour moi la Pédagogie Par la Nature participe à rendre cet horizon accessible. C’est ce qui fait la beauté de cette approche.

Se l’approprier prend du temps. Observer, se questionner sans cesse, rester ouvert.e à l’apprentissage avec les enfants, être présent.e dans la nature, c’est progressivement que nos actions trouvent leur pertinence et s’adaptent alors au public avec lequel nous travaillons.

Cette approche de la Pédagogie Par la Nature est précieuse, il est important d’en comprendre les enjeux pour préserver ce qui fait de celle-ci une nécessité primordiale dans la vie des enfants.



Laurence SCHNEIDER


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