Pistes en PPN... Les participant.e.s au cœur des pratiques (Point-clé n°3)

Dernière mise à jour : 25 avr.



« La.e pédagogue par la nature propose des programmes flexibles et adaptables, élaborés à partir des besoins individuels et collectifs du groupe, mais aussi de la météo du jour, des réalités logistiques et des ressources disponibles. Sa connaissance profonde du groupe est à la base de ses propositions ».


Concrètement, qu’est-ce que cela implique pour toi, pédagogue par la nature ? Oui, toi, qui va devoir évaluer un très large ensemble de paramètres, lié à ton lieu, la saison, l’ambiance dans ton groupe, la sensibilité de Théo et le besoin de mouvement perpétuel de Clara. Qui va concocter un programme aux petits oignons ? Qui ressent cette joie à l’idée de partager ces moments longuement élaborés ? Et qui, le jour J, finalement se rend compte que ça ne se passera pas comme prévu ? Parce qu’un déluge de pluie a effacé l’ensemble des traces que tu avais prévu de suivre… Ou que les participant.e.s ont finalement besoin d’autre chose… Il est parfois difficile d’accepter que les enfants ne soient pas au service des projets créés pour eux, mais que nous, adultes, sommes là pour faire éclore les leurs. Difficile parce que, enfants, il nous a généralement été demandé de nous conformer, de suivre, d’appliquer les instructions des adultes. Mais avec la Pédagogie Par la Nature, nous te proposons de changer de logiciel. De te reconnecter à ton enfant intérieur afin de vivre pleinement le « child led learning ». Tu es prêt.e ? C’est parti !


Dans le cadre de la PPN, ce n’est pas aux participant.e.s de suivre la.e pédagogue, mais au.à la pédagogue de rentrer dans le cheminement des participant.e.s. Pour accompagner ton groupe au mieux, il est nécessaire d’en avoir une connaissance profonde. Et quand on parle de rapports humains, il ne peut y avoir de connaissance profonde sans expériences partagées : vivre ce que l’autre vit, échanger émotions et réflexions. Accompagner des enfants, cela veut dire se reconnecter à son enfant intérieur, et explorer ses sensations, ses émotions. L’objectif : faire partie du groupe en tant que membre à part entière et se mêler à lui. C’est parce que nous partageons que nous nous relions les uns aux autres.


Typhaine, pédagogue par la nature auprès d’enfants extraordinaire témoigne :

« En tant qu’adulte on ne cherche pas à modeler les enfants pour qu’ils soient conformes, mais à vivre des expériences conjointes. Ces moments sont des sources d’inspiration, terreau de l’empathie. On sort du déclaratif et on donne les outils concrets, nos actions sont plus importantes que nos paroles. »


Cette connaissance et compréhension mutuelle grandissent avec le temps, favorisées par le point clé « récurrence et temps long », et permettent d’affiner la pertinence du.de la pédagogue dans l’identification des besoins de son groupe. Il s’agit d’un processus sans cesse renouvelé : les participant.e.s évoluent, le lieu aussi, et la.e pédagogue avec.



Pour arriver à « lâcher prise », et devenir « un.e de plus » en toute confiance, il est absolument nécessaire de se sentir en sécurité. C’est valable pour l’enfant, mais c’est aussi valable pour toi, pédagogue par la nature.

Cette sécurité peut être mise à mal par des facteurs et situations qu’il sera important d’identifier et de travailler. Pour ce faire, tu seras amené.e à te poser un certain nombre de questions : quel est mon rapport à l’autorité ? Comment est-ce que je gère l’échec ? Ou l’isolement de certains ? Est-ce les dynamiques de groupe vivantes et horizontales me semblent bruyantes et désordonnées ? Le fait de conscientiser tes ressorts internes vont te permettre de déterminer certains choix dans ta posture : est-ce que, dans une situation donnée, tu as envie d’intervenir « pour toi », pour te mettre en sécurité émotionnelle, ou dans l’intérêt du groupe ou du pratiquant ? Cet exercice réflexif est un fil rouge de la pratique de la pédagogie par la nature, qui est grandement facilité par les échanges entre pairs. Discuter avec d’autres pédagogues de ses sessions, des difficultés rencontrées ou des moments de joie, facilite la connaissance de soi et celle d’une pratique tournée vers les participant.e.s.



Arrivée à ce moment de l’article peut-être te demandes-tu où se trouvent les apprentissages ? Quelle est ta « valeur ajoutée » ? Les apprentissages naturalistes ou de savoir-faire manuels ont bien entendu toute leur place. Ils interviennent au moment où la.e participant.e est intensément disponible pour les recevoir. Celui où son intérêt est éveillé et son esprit ouvert. Et c’est à toi, pédagogue par la nature d’identifier ce moment. C’est un des aspects de mettre les participant.e.s au cœur des pratiques : te mettre à la disposition du groupe, au moment opportun : « Raconte-moi, et j'oublierai. Montre-moi, et je me souviendrai. Laisse-moi faire, et je comprendrai. » Confucius.


Notre pratique ne vise pas à transmettre des savoirs spécifiques. Elle vise à offrir à nos participants tout ce dont ils ont besoin pour évoluer, s'épanouir, apprendre à vivre ensemble, respectueusement.

Nous les accompagnons pour un petit moment sur leurs chemins de vie, en espérant y ajouter plein d'étincelles de joie et d'espoir... en lien avec eux-mêmes, en lien avec les autres, et en lien avec la nature.




Laissons la place à l'image :

T. 15 ans, autiste non verbal, vit complètement dans son monde quand il arrive à la forest school Brins d'éveil (forest school à destination des enfants extraordinaires). T. n'accorde pas ou peu de regard aux gens qui l'entourent, aucun moyen de communication et aucun plaisir à la relation qu'il vit probablement comme contraignante dans un monde trop rapide, trop stimulant, qui ne correspond pas à sa réalité.

C'est alors la première fois, ce jour-là, que les adultes autour de lui, fort intéressés par sa réalité, s'agenouillent au sol, viennent vivre pleinement avec lui ce qui l'anime. Oui ! Se rouler dans l'herbe. Oui ! Manger du sapin.

Alors T. lève les yeux et découvre deux adultes fort enthousiastes qui n'attendent qu'une chose, vivre cette nature qu'il adore et entrer dans son monde à lui ! Alors T. déploie son plus beau sourire et au fur à mesure des séances, vient chercher sa pédagogue par la main, commence à créer SES jeux ! (Oui c'est la première fois pour lui !) Du cache cache dans l'herbe, aux roulades collectives, à la percussion sur les éléments de la nature, il déploie son imagination et se prend au plaisir d'être apprécié pleinement pour qui il est.


Ce petit extrait d'accompagnement est, à échelle des extraordinaires, ce qui se passe chaque jour dans ta forest school. Quand tu t'arrêtes sur le sentier de ta forêt pour réfléchir avec Axel au bon morceau de bois dont il a besoin pour son projet de baguette magique, que tu t'effaces alors que Jean et Louise trouvent pour la première fois le jeu qui les réunit sans dispute, que tu poses « innocemment » sur la table cette drôle de pierre qui, tu le sais parfaitement vas susciter tellement de curiosité et d'enthousiasme chez Paul, et surtout que tu vois, émerveillé.e, 12 enfants, jusque là habitués à « consommer » de l'activité, ignorer ton bricolage et foncer retrouver leur arbre, leurs jeux, leur imagination et que tu n'es plus nécessaire.



Mettre les participant.e.s au cœur des pratiques, c’est aussi assurer leur sécurité physique et émotionnelle. Une responsabilité importante qui peut pousser à restreindre la liberté des actions afin d’avoir l’impression de mieux contrôler. Nous te proposons ici un autre changement de logiciel : arrêter d’empiler les règles en fonction des situations. Tu as normalement déjà réfléchi au cadre général grâce à ton ARB (Analyse de Risques et de Bénéfices) et tes protocoles. Pour le reste, tu vas t’appuyer sur le groupe pour trouver des solutions à des situations identifiées comme problématiques (sécurité physique, émotionnelle, relationnelle). Les participant.e.s seront invité.e.s à y réfléchir au travers du prisme « Prendre soin » : de soi, des autres, et de la nature. Cet exercice qui peut paraître artificiel les premiers temps se révèle ensuite une incroyable boussole qui s’approprie avec une grande facilité. Il peut s’effectuer sous la forme d’un exercice récurrent d’intelligence collective qui invente ou revisite les pratiques. Il offre aussi à chacun une occasion de s’interroger, d’adopter la posture réflexive du pédagogue et de se donner la chance d’explorer un champ des possibles où l’individu vit, explore, invente, dans le respect de ses besoins, de ceux des autres participant.e.s mais aussi du vivant au sens large.


En tant que pédagogue par la nature, nous avons tellement de rôles qui sont d’égale importance... la personne-ressource (côté pratique, mais aussi relationnelle), référente émotionnelle, garante du cadre sécuritaire, partenaire de jeu, gardienne du lieu, partageuse de joie et d'émerveillement et un générateur.trice d’enthousiasme.

Tout ça pour quoi ? Pour pouvoir accompagner nos participant.e.s au plus près de leurs besoins, pour apprendre ce qui fait vibrer chacun.e d'entre eux, pour pouvoir être là, quand et si besoin. Pour remettre le vivant à sa juste place (les enfants, dans la forêt ; notre nature, dans la nature), et autoriser notre planning à se fondre dans le vivant.

Pour faire de nos forest schools des lieux où chacun.e est célébré.e pour ce qu'elle.il est, dans la diversité qui est inhérente au vivant - le propos même de notre pratique.


Cécile THUEUX et Typhaine GAILLARD



PS : Ci-joint une trame pour un planning centré sur les participant.e.s...

... et qui permette à tou.te.s de vivre ça si elles.ils en ont envie !











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