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  • Ruth Joiner

Moi, adulte dans les bois avec les enfants - la posture de l'adulte en PPN

Mis à jour : juil. 25


Moi, adulte dans les bois avec les enfants


Avant … il n’y a pas si longtemps… ils couraient dans les chemins et les champs… libres, en bande le plus souvent, ils occupaient les bois les enfants, hantaient les bords des rivières, ils

pêchaient, ils grimpaient aux arbres, construisaient des cabanes et faisaient des radeaux qui flottaient sur l’étang, ils exploraient la campagne…ils se fabriquaient des arcs et des flèches, ramassaient des châtaignes et des mûres, ils inventaient mille jeux et faisaient aussi des tours pendables…parfois ils étaient cruels… avec Henriette « la sorcière », cruels entre eux ou avec les bêtes… ils dénichaient les oiseaux, torturaient les crapauds… n’idéalisons pas le passé. Toujours est-il qu’ils vivaient dehors et avaient les joues rouges, garçons et filles, grands et petits, ensemble, au contact du vivant, sans un adulte dans les pattes. Aujourd’hui quand ils sont dehors dans les bois et les champs, en général il y a un, et plus souvent encore, plusieurs adultes avec eux. Alors quoi ces adultes ?


Soyons juste des premiers pas


Pour l’amoureux de la nature, ce que nous avons à transmettre, l’essentiel, ce qui compte le plus, c’est l’interaction qui lors de la sortie va naitre entre l’enfant et l’oiseau, l’enfant et la feuille, l’enfant et le têtard, l’enfant et la terre… l’idéal serait que nous ne soyons pas là, l’idéal serait que les enfants soient libres de faire ce qu’ils veulent, qu’ils fassent leurs cabanes, leurs glissades, leurs barrages dans le ruisseau, leurs escalades… tout simplement parce que quand ils font cela, sans même s’en rendre compte, ils créent comme jamais, des liens avec les herbes, les arbres, avec les mousses, avec l’humus, avec les cailloux…avec la forêt, la prairie, la lande, le ruisseau, la mer… ils créent des liens avec le vivant et avec l’eau, l’air, la terre… ce qui fait le vivant, ils font leur éco-formation. En plus ils apprennent à s’organiser entre eux, ils s’autonomisent, se responsabilisent. Ils assurent en faisant cela leur propre bien être, leur propre épanouissement, ils sont – bien - tout simplement et ils permettent au tout premier principe de l’écologie de s’incarner en eux, ce principe d’interdépendance dont la compréhension est aujourd’hui si fondamentale à notre survie. Nous dépendons les uns des autres, nous dépendons de tous les vivants et il n’y a pas d’exception. Pourtant, aujourd’hui, nous sommes là nous adultes dans ces situations, nous sommes là et c’est bien, dans notre « urbaine civilisation », que dans un premier temps au moins, nous soyons là. On peut avoir une action très positive.


Voilà la forêt qui vient à moi


Il ressort de ce goût immodéré pour la liberté et l’autonomie que la première chose serait bien, pour nous adulte, d’apprendre à nous effacer, nous devons apprendre à les laisser faire le plus possible sans intervenir. Nous savons aujourd’hui les multiples vertus du jeu libre et nous savons que l’essentiel que nous avons à leur apporter ne réside pas dans des notions que nous voudrions force à tout leur transmettre comme à l’ancienne mode, mais que l’essentiel va résider dans la capacité que nous aurons tout simplement à les aider à se rapprocher des autres êtres vivants. Je m’assoie un moment sur ma branche et je ne fais plus aucun bruit… les minutes passent … je me calme, me pause, je respire … c’est ma présence qui augmente et comme par magie… un mulot montre son nez qui sort de la litière, une mésange se pose sur l’arbuste à coté, un écureuil me donne à écouter le bruit de ses griffes sur l’écorce du hêtre… et toujours le vent… voilà la forêt qui vient à moi, ce n’est plus moi qui vais vers elle. Comme si elle me disait qu’elle adore ma discrétion … et voilà tout simplement qu’elle est la récompense. Comment mieux se rapprocher… connaitre ce bonheur d’être ensemble ? Faisant cela, vivant cela, aimant cela… adulte, j’en transmets le goût aux enfants.



Mes objectifs


C’est une pédagogue, nous étions en montagne au bord du lac… « Arrêtez de crier comme ça ! » a-t-elle dit à ses enfants qui se défoulaient un peu… Le voilà l’adulte censeur. Qu’on le veuille ou non, que cela soit conscient ou non… l’adulte par sa simple présence pose un cadre. Les enfants sont moins libres. Il y avait d’autres personnes près de nous que les cris pouvaient déranger certes, la remarque était justifiée dans ce cas au bord du lac, mais souvent, sans nous en rendre compte, même quand nous serons loin de toute civilisation, nous tomberons dans le « fais pas si », « fais pas ça ». On cadre, on cadre, on cadre. Lors d’une réunion en plein air, je vois un garçon de moins de quatre ans tout juste, tranquille, heureux, juché sur un mur d’un mètre cinquante de haut, large de trente centimètres… un voyant orange s’allume dans mon esprit…- il est en danger – je n’ai plus guère la pratique de l’animation avec des enfants de cet âge… sa mère est à mes côté, elle participe activement à notre discussion de groupe, l’a-t-elle vu ? Sans doute, je lâche l’affaire… personne n’est intervenu, tout s’est bien passé… Nous avons sans doute à nous rassurer nous-mêmes et à cadrer le moins possible, leur faire confiance. Dans tous les cas, l’adulte se tient à une place périphérique, s’il est convaincu de l’importance de l’autonomie des enfants. À tout instant, il s’apprête à sortir du jeu… il n’est donc jamais au centre. Quoi au centre ? Toujours la même chose, la relation de l’enfant à la nature, aux autres et à lui-même. Notre but à nous pédagogue, c’est de devenir inutile.



Montrer l’exemple


À tout moment, là aussi qu’on le veuille ou non, nous montrons l’exemple. L’adulte pour les enfants est un référent. Ce référent va induire des comportements. Quand je rencontre un insecte avec les enfants, est-ce que je le capture et le met dans une boite où je l’enferme … ou est-ce que je me baisse, est-ce que je me mets à plat ventre pour observer l’insecte sur son herbe dans son activité. Est-ce que je m’autorise à perturber un être vivant dans sa vie en l’amenant dans ma vie à moi ou est-ce que je fais le chemin inverse, j’essaie moi d’aller vers la vie de l’insecte … je m’allonge, m’efface et j’observe… le bon chemin pour connaitre l’insecte, c’est beaucoup plus de l’observer attentivement dans sa vie que de le prendre et d’essayer de trouver son nom dans un livre. Trouver son nom dans un livre ou autrement, c’est l’amener dans ma culture, l’observer en le dérangeant le moins possible c’est me conduire en invité dans la forêt et non en conquérant et c’est montrer un exemple aux enfants. Oui cet adulte, ce géant, il se met à quatre pattes pour observer une fourmi… Il en ressort quoi d’autre qu’aux yeux des enfants elle devient très importante la fourmi, elle devient tout sauf un objet, elle n’est plus réifiée comme toutes les bêtes et toutes les plantes sauvages… et des humains aussi, l’ont été dans le passé jusqu'à en faire des esclaves. Dans le chemin je ramasse un papier qui traine, le met dans ma poche sans commentaire, si l’on m’en demande, je dirai juste que c’est pour « ajouter un peu de poésie au monde ». Ce qui compte c’est que la forêt devient plus belle sans papier et qu’un enfant le verra, cela aura son impact, rien de moraliste là-dedans avec des - c’est bien - ou - c’est mal -… mais une action.



Proposer des activités


Ne perdons pas de vue que chaque activité proposée aux enfants fait sens pour eux. Il ne s’agit pas d’occuper le temps. Que voulons-nous développer chez eux ? Est-ce si important qu’ils connaissent le nom des arbres ? Plus on avance dans l’éducation à l’environnement et plus on va privilégier les savoirs être et les savoirs faire… quant aux savoirs notionnels, les connaissances avec un grand « C » elles viendront si l’enfant le décide et là ce sera fulgurant, oiseaux, insectes, plantes, lichens…géologie, écologie… peu importe le sujet si l’enfant décide d’apprendre, il suffit de mettre des ressources bien choisies à sa disposition et il apprendra et vite, très vite. Une célèbre psychanalyste disait qu’apprendre quelque chose à un enfant qui n’a rien demandé c’est le traumatiser. Je le crois ! Nous tâcherons toujours d’aider l’enfant à trouver lui-même les réponses à ses questions, c’est ça le rendre autonome. « C’est quoi cet arbre ? » « As-tu touché ses feuilles ? » A une de ses questions, nous pouvons répondre par une autre question, cela peut mener loin, très loin.


La paix


Assez facilement et naturellement, un enfant, peut-être un peu plus expérimenté que les autres, peut devenir assistant animateur, ainsi nous serons un peu dégagé et nous pourrons prendre du recul, observer les enfants individuellement et en groupe, pour mieux les comprendre et ainsi être plus apte pour les aider à faire leurs avancées. Chaque enfant est singulier et un groupe est un ensemble de singularités. Avoir l’ambition de connaitre chacun de ces enfants exige toute notre attention. Ne perdons pas de vue que nous avons aussi à assurer la paix entre les enfants. Il y aura toujours présente cette idée que nous sommes – bien -, réellement – bien - que quand nous sommes en paix avec les autres, en paix avec nous-même et en paix avec notre environnement. Qu’on ne sente ni peur, ni menace, ni angoisse… qu’on se sente – bien - tout simplement. Alors toutes les découvertes et toutes alliances deviennent possibles. On devient sûr de soi, on peut alors y aller de nos initiatives, donner libre cours à notre créativité, on peut entreprendre… c’est le champ des possibles qui augmente… c’est devenir plus fort, c’est s’épanouir, c’est grandir



L’importance du temps


Ne laissons pas au début les enfants en groupe seuls dans les bois, ils sont par rapport à nous sans limites et peuvent commettre les pires des forfaits, humilier un copain, écraser des têtards, compromettre une ponte d’oiseau… se mettre eux-mêmes en danger. Progressivement donnons-leur des responsabilités, faisons leur confiance, communiquons avec eux et laissons-les faire leurs expériences… C’est là que se mesure notre réussite, savent-ils aller aux bois sans nous, sans se mettre en danger et sans détruire l’environnement ?



Pas n’importe quel adulte ?


Oui bien sûr on peut emmener les enfants à la rivière si soi-même on ne va pas à la rivière, on peut les amener à la forêt si nous-mêmes pour notre plaisir n’allons pas à la forêt, on peut faire avec eux une balade de nuit même si nous ne nous baladons pas nous-mêmes la nuit pour notre plaisir à nous. Il se passe toujours quelque chose entre l’enfant et la nature et permettre la rencontre des deux est le pas essentiel que nous adulte avons à faciliter. Reste que si cet adulte aime lui-même la nature, s’il est naturaliste, contemplatif… il y aura un plus important. Si ce versant – amoureux de la nature - de l’adulte est important, un autre l’est tout autant c’est son versant pédagogue. Ce que nous voulons développer chez l’enfant c’est son esprit critique, son autonomie, sa capacité de faire par lui-même et avec les autres, sa capacité de faire sa propre opinion… Dans la PPN nous faisons confiance à l’humain, nous ne sommes pas là pour diffuser de l’opinion, nous sommes là pour rendre les enfants libres, socialisés et responsables. N’ayons aucun doute à ce propos, avec des adultes comme ceux-là, la nature sera en sécurité. C’est parier sur l’humain, nous parions sur l’humain.




Roland Gérard

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