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  • Ruth Joiner

Qui a peur de la grande méchante flaque ??

Les journées refroidissent ; la nuit tombe de plus en plus tôt ; dans les bois, ça frissonne des changements et des préparatifs pour l'hiver qui arrive... l'automne est beau, l'automne est magique... l'automne est humide, l'automne est frais.

Tu connais sûrement le fameux dicton scandinave “Il n'y a pas de mauvais temps, que de mauvais habits.” Au RPPN, nous sommes déjà entièrement convaincu.e.s des bienfaits de sortir par tous les temps. Mais comment réagir face à la question qui revient encore et encore, surtout en ce moment avec les changements de saison : “et s'il pleut, on fait quoi ?”


Voici quelques réflexions sur ce sujet.... j'espère que ça t'aidera à mieux formuler tes réponses et arriver à sortir même en automne et en hiver... allez, un peu de lecture, et hop, tous dehors !




Originaire du Pays de Galles, la brume, les flaques et la bruine sont mes vieux amis... depuis ma naissance, nous nous sommes souvent fréquentés.... presque quotidiennement !

Mais en arrivant dans le sud de la France, quelle surprise de voir la vraie peur des gens face à mes amis. Peur d'attraper froid, peur de se salir, peur du regard des autres.... “oh non non non, là il fait trop froid pour sortir, on va se mouiller, ah non, c'est hors de question qu'on sorte aujourd'hui”. Et ça, c’est ce que j’entends parfois dans la Drôme, lors d’une journée un peu grise… (finalement, presque estivale pour une Galloise !)

Ok, j'exagère peut-être (un peu... pas tant que ça !) Mais la question reste... comment sortir les enfants par tous les temps en France ? Ou plutôt, pour reformuler la question, comment faire accepter aux adultes de laisser les enfants sortir par tous les temps* ?


Ce sujet était au cœur de mon discours lors de la première conférence internationale des Forest Schools à Zurich en 2019 où j'ai eu le plaisir de représenter le RPPN pour la France. Des pédagogues par la nature du monde entier, l'idée de notre bataille en France contre le vent, la pluie et le froid, était assez curieuse pour celles et ceux venant des pays plus au nord avec des hivers bien plus extrêmes.


Bien sûr je généralise, et je parle d'une culture commune en France. Toi, cher.e lecteur.rice, si tu as choisi de lire ce texte, tu es sûrement déjà convaincu.e des bienfaits de sortir par tous les temps. Peut-être même que tu es toujours sorti.e par temps pluvieux et froid, depuis petit.e.

Mais ici, je parle de mes sentiments et observations sur cette culture commune en France, en sachant bien qu'il y a des différences géographiques, générationnelles, familiales, etc.

Mais une chose reste claire : avec des jeunes ou des plus âgés, venant du nord ou du sud, dans les montagnes ou sur les plaines ; les odeurs, les sensations fortes, les jeux et les découvertes sous la pluie, ce sont les mêmes. La magie et les surprises nous attendent toutes sous les gouttes, je te le promets... Il faut simplement oser !


Petite anecdote des bois... une journée bien pluvieuse en automne 2019, après plusieurs années d'accueil en PPN dans le même bois, nous nous sommes retrouvées nez à nez avec pas une, mais DEUX salamandres ! Les étoiles aux yeux des grands et des petits... moi j'étais plus étonnée que les enfants. J'avais fréquenté le bois depuis au moins 10 ans, et dans ce terrain tout sableux, sec et bien fréquenté par les humains, je n'imaginais jamais qu'il pouvait se cacher des salamandres pendant aussi longtemps sans le savoir. Mais si, elles étaient bien là, elles y sont toujours. Et sauf le jour de cette merveilleuse journée de pluie, je n'ai jamais revu ces bêtes tellement majestueuses et magiques. Mais maintenant quand il pleut, mon sourire est encore plus large, ma motivation d'aller au bois encore plus forte... peut-être qu'on se retrouvera aujourd'hui. Peut-être.



Avant de parler de comment convaincre les “autres” de sortir, il faut commencer par le commencement. Parlons besoins physiologiques... Parlons Maslow.


Pour celles et ceux qui ne connaissent pas encore la pyramide de Maslow, vous pouvez lire un peu plus sur le page du RPPN en cliquant sur l'image.

Nous, les pédagogues par la nature (et tout adulte accompagnant des enfants en nature), nous sommes les garants d’un cadre sécurisant pour les enfants, celui qui comprend les besoins physiologiques et les besoins de sécurité.

Si nous voulons sortir par tous les temps avec des enfants, il faut qu'on veille sur leur bien-être physique, émotionnel et psychologique.


Si un enfant arrive “mal” habillé, il est fort possible qu'il ne va pas pouvoir s'impliquer comme les autres pendant la sortie. À nous de veiller, dès l'arrivée des participants, que les bases soient couvertes, avec des facteurs variés à prendre en compte : est-ce que tout le monde a mangé son petit déj ? Qui risque d'avoir froid aux mains aujourd'hui ? Qui a peur de l'idée du “mauvais” temps ? Qui a l'air très fatigué ce matin ? Etc.

Il faut "couvrir les bases", veiller à ce que les besoins physiologiques soient assurés avant de sortir avec le groupe et d'élargir notre zone de confort. Par exemple, toujours avoir une petite collation pour le groupe au cas où certain.e.s n'ont pas assez mangé le matin, vérifier les vêtements et proposer des changes si besoin, parler de la sortie afin d'affronter des éventuelles peurs (peur du froid, peur d'être grondé s'ils reviennent “sales”...), proposer des boissons chaudes et des jeux physiques actifs, afin de maintenir la chaleur du corps ainsi que la chaleur humaine, le moral du groupe.



HABITS

Dans cette infographie créée par Julie Ricard, la clé de comment s'habiller reste dans les “couches d'oignon”.

Ça fait plusieurs générations que nous sommes devenu.e.s coupé.e.s du dehors. Sauf une vingtaine de minutes entre le bus et la classe, la maison et le bureau, à part d’éventuelles randos en famille, le weekend ou pendant les vacances, c'est devenu rare de passer plus d'une heure dehors si notre travail ne le demande pas.


Donc quand on demande aux adultes d’équiper leurs enfants pour venir au bois, il est utile d’avoir en tête que eux aussi font peut-être partie de la “génération du dedans”. Combien de fois ont-ils été en forêt, toute une journée, un mois de novembre, par exemple ? Impossible donc d’attendre des parents qu’ils aient une idée claire de comment on s’habille pour aller passer du temps long en forêt, par toutes les saisons. A nous d’expliquer, de préciser, de communiquer.


J'ai le souvenir d'une classe de maternelle au bois un mois de février, et une petite fille qui n'arrivait pas à se réchauffer et se sentir bien dans le bois. Pourtant, elle était emmitouflée par une doudoune énorme, des mittens, une écharpe, un bonnet. Mais quand j'ai cherché à comprendre, j'ai vite vu que malgré son épaisseur, ce n'était pas une veste qui tenait chaud. Elle portait ce que j'appelle “une veste de la ville”, bien jolie, mais qui ne sert strictement à rien. Et la pauvre était en train de souffrir malgré son air “bien équipé”.



Donc suivant tes accueils et sorties en nature, suivant le lieu, la durée, l'âge des participants... pense à bien informer les familles sur le fait d'avoir des vêtements adaptés, et même peut-être la possibilité de fournir des vêtements de rechange afin d'assurer que les besoins physiologiques soient respectés tout au long de la sortie. Car comment demander à un enfant de s'amuser s'il a physiquement mal ? Nous ne pouvons pas sauter plus haut sur la pyramide de Maslow sans assurer que les bases soient bien présentes et solides. Et sans ces bases solides, nous risquons de dégoûter, créer des peurs ou des mauvais souvenirs.


Personnellement, j'ai toujours beaucoup de paires de gants de rechange, car malaxer la terre, toucher les éléments, c'est tellement important. Parfois, quand il fait très froid, je choisis, pour les mêmes raisons, d’ajouter un peu d’eau tiède à la cuisine de boue. Si tu as un ruisseau sur ton site, tu choisiras peut-être d’avoir quelques pantalons imperméables de rechange.


En plus de simplement demander que les participants viennent avec des vêtements adaptés à la météo du jour, et peut-être demander des rechanges en plus, tu peux réfléchir à la possibilité de fournir des vêtements adaptés toi-même. Tu en trouveras dans les ressourceries (Emmaüs etc) et tu peux même encourager ta communauté de participants à échanger entre eux ou donner leurs équipements à ton projet quand ils ne s’en servent plus.


Tu peux aussi préciser la préférence pour certains types de vêtements (des salopettes de pluie par exemple), et/ou également préciser les vêtements à éviter (des bottes en caoutchouc sans grosses chaussettes par un temps gelé par exemple, rien de mieux pour avoir mal aux pieds par le froid !)


Mais dans tous les cas, je trouve que c'est important de préciser que les enfants viennent avec des vêtements qui ne craignent rien, et surtout de communiquer avec les parents sur le fait que leurs enfants risquent de revenir “sali.e.s”.

Rappelle-leurs bien les intérêts pédagogiques et la différence entre boue des villes (potentiellement pleine de détritus, pollution, etc.) et boue des bois (eau + terre + vivant). En plus, les bienfaits de la boue sur la santé mentale et le renforcement du système immunitaire ne sont plus à prouver !

La boue est tellement bonne ! Mais malheureusement la peur d'être grondé par les adultes pour s'être “sali.e” est une peur réelle à affronter. Rappelle aux parents et aux enseignants que la boue part facilement à la machine, mais les souvenirs, les apprentissages et les bons moments en nature, eux, ne s’en vont pas !



MOUVEMENT ET ADAPTATION


Dans les pays très froids, le feu n'est souvent pas utilisé pendant l'hiver, sauf pour la cuisine. Car le feu peut être trompeur. On s'approche, on ne bouge plus, et on se refroidit encore plus.

Dans un article récent, l'auteur parle de “l'art de distraction” pendant les sorties hivernales.

Mais pour moi ce n'est pas l'art de distraire les enfants, c'est l'art de l'adaptation. S’adapter à ton groupe, à ton milieu, à leur habits, à la météo du jour, à leurs envies et leurs besoins du moment - c’est bien là le cœur de notre métier.

Connaître ton groupe... être empathique, se mettre dans leur peau. Si tu accueilles des scolaires ou d'autres groupes où les enfants risquent de venir sans vêtements bien adaptés, pourquoi pas t'habiller moins toi-même, afin de mieux anticiper et écouter les ressentis du groupe ?


Connaître son groupe c'est aussi savoir qui peut avoir tendance à être sensible au froid ou à la pluie plus que les autres, qui a tendance à s'adapter vite, et surtout, qui risque de souffrir en silence. Dans ma fiche sanitaire (dans mes documents d’inscription), j'ai une case pour noter les subtilités en lien avec le “mauvais temps” (peur de se salir avec de la boue, prend froid facilement, etc.) afin d'anticiper au mieux les besoins du groupe.

Et puis aussi, si tu as prévu de proposer une activité et que finalement le groupe s'intéresse plus à attraper les gouttes qui tombent de la bâche, alors ... suis le groupe ! Laisse-toi être guidé.e par leurs intérêts. Fais-les bouger un peu plus s'ils ont l'air de se refroidir. Rigoler ensemble, faire des expériences, creuser, sauter, vivre et respirer au fond de vos poumons et vos âmes ces moments forts sous la pluie.


J'ai déjà évoqué le fait que dans les pays avec les hivers les plus sévères, le feu est souvent évité pendant les temps froids. Mais souvent, pendant des temps très humides, le plaisir de préparer une petite collation sur le feu, et de boire une boisson chaude est tellement intense et apprécié. On réchauffe nos mains autour de la tasse, on sent la chaleur qui descend dans nos ventres, le plaisir et le booste énergétique que ça apporte sont bien amplifiés dehors.


En Suède on trouve la tradition de “fika”, un temps de partage autour d'une boisson chaude. Aux Pays de Galles c'est le “panad”. Chez nous dans les bois, le partage des boissons chaudes pendant les temps pluvieux et/ou de froid sont des moments forts de connexion... connexion à soi, son corps, ses besoins, ses envies... connexion aux autres, au groupe, et connexion à la nature qui nous entoure et dont on fait partie. Et si on peut faire une tisane des bois avec des plantes fraîchement cueillies ensemble, dans de l'eau chauffée sur le feu de camp, là, ce sont sensations fortes, plaisir et souvenirs garantis.



RÔLE DE L'ADULTE


Là j'ai un mot à te transmettre : l'enthousiasme... !


Si tu n'es pas heureux.se, ni à l'aise d'être dehors, les enfants le sentiront, l'ambiance du groupe changera. Il ne s’agit pas d’être au top du top à chaque sortie - c’est impossible, on est humain ! -, mais si, un jour de pluie, tu ne sens pas l'envie d'aller dehors, alors n'hésite pas à appuyer sur les autres adultes présents.


Pour celles et ceux qui n'ont pas l'habitude d'être dehors par tous le temps, Juliet Robinson, dans son livre Dirty Teaching ; a beginner's guide to learning outdoors, propose l'idée de commencer petit à petit. Amener ton café ou thé dehors, tous les jours, au lieu de le boire à l'intérieur. Observer les différences (intérieures et extérieures). Prendre son temps. Tester. Oser.


Si nous sommes enthousiastes et sans peur, ça va naturellement se transmettre dans nos groupes.

Si aux premières gouttes nous disons à voix haute “mais trop chouette, il pleut !” et que nous vivons nos mots, les enfants suivront l'enthousiasme, et là, l'aventure commence !


Et puis, tout dépend de la situation. Si tu accueilles des enfants de 3 ans pendant 4 heures, sous la pluie au mois de février sans possibilité de rechange, on gardera les sauts dans les flaques pour la dernière demi-heure.

Suivant le contexte, suivant le public, lâche-toi… Laisse-toi la possibilité de jouer, de totalement changer le programme pour profiter du froid et protéger les besoins des enfants, et là encore, je parle de leur santé mentale et émotionnelle autant que de leur santé physique.


Et surtout, écoute ton âme intérieure, attrape des gouttes sur ta langue, saute dans les flaques, caresse les feuilles gelées, et surtout RESPIRE !



Bonnes aventures cet automne et cet hiver, confiné.e.s ou pas, pluie ou soleil, la nature est en nous, elle nous entoure, on peut la toucher, même en restant à 1 km de chez soi et en suivant les restrictions sanitaires actuelles en vigueur... sortons... arrêtons de rester enfermé.e.s.


Allez, tous dehors !




Ruth JOINER





*par tous les temps ne signifie pas prendre des risques. Il ne s’agit bien sûr pas d’amener des enfants au bois en cas de vents forts et violents et/ou d'orages. Dans cet article je parle plutôt de temps pluvieux, du froid. Ces choix ne sont pas simplement du bon sens, mais du professionnalisme... si les besoins physiologiques et sécuritaires du groupe ne peuvent pas être assurés, on ne sort pas, ou on adapte nos sorties (concours de saut dans les flaques dans un lieu sécurisé plutôt qu'aller sous les branches par exemple.)

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