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Dans les bois ... de l'Artois


 

Coraline Molinié répond à quelques questions autour de son film « A l’école de la forêt »

 

© Real Productions

Pourquoi ce documentaire, quelles étaient les premières intentions ?

Je suis arrivée à ce sujet par des questionnements écologiques. Je m’étais déjà interrogée, dans le cadre de mon travail de réalisatrice de documentaires, sur les rapports de l’homme avec le monde vivant. J’avais réalisé en 2020 « Paysans Sentinelles », qui explorait ce thème via l’axe de l’agriculture. Au cours de ce tournage, j’avais été marquée par les enfants de ces paysans qui vivaient en symbiose avec leur écosystème et savaient reconnaître les chants d’oiseaux, les plantes. Cela m’a amené à me questionner sur la manière dont on préparait la génération qui arrive aux enjeux écologiques de demain. Nous vivons dans une société majoritairement hors-sol : les enfants passent en moyenne moins d’une heure par jour dehors ! Comment espérer qu’ils protègent à l’avenir un monde vivant qu’ils ne connaissent même pas ?


A ce moment-là, je venais d’avoir ma fille et étais en pleine interrogation quant à l’éducation à la nature que je pouvais lui donner. En découvrant les expériences d’« écoles en forêt » et la pédagogie par la nature, j’y ai vu une piste vraiment intéressante avec un potentiel de transformation sociétal très fort.


Quel cheminement ensuite ? Quels ont été tes contacts ?

Ce sont d’abord des lectures qui m’ont amené à découvrir la pédagogie par la nature : « L’enfant dans la nature » de Moïna Fauchier-Delavigne et Matthieu Chéreau, « Emmenez les enfants dehors » de Crytèle Ferjou, mais aussi les ouvrages des philosophes du vivant tels Baptiste Morizot, qui invitent à la création de nouveaux rapports entre humains et non-humains.

La théorie m’a séduite, et j’ai voulu expérimenter la pratique. En faisant des recherches en ligne pour savoir ce qui existait en France, je suis rapidement tombée sur le site du RPPN qui propose une carte de France des initiatives. Je les ai parcourues une à une, avec comme critère de sélectionner celles qui poussaient l’expérience le plus loin possible, 50% du temps scolaire en forêt. Je voulais que l’école que je filmerai vive cette pédagogie de manière suffisamment intense et sur le temps long, pour espérer, au fil d’une année scolaire, pouvoir sentir l’évolution des enfants dans leur rapport à l’école, aux autres et à eux-mêmes.

Les écoles qui répondaient à ce critère étaient toutes privées. Décider de filmer une école alternative m’a gêné au départ car – issue d’une famille Éducation Nationale – cela me semblait contraire à la notion d’accessibilité pour tous. J’ai continué à enquêter dans le public et les expériences qui y sont menées – qui ont le mérite d’exister et de se développer ! – vont pour l’instant jusqu’à une journée de pédagogie par la nature par semaine. Je me suis donc résolue à filmer une école privée, dans l’idée de faire du film un outil de réflexion et de diffusion de la PPN auprès de tous.


La rencontre avec Jennifer et l'immersion.


J’ai investigué auprès de plusieurs écoles à travers la France. Quand j’ai rencontré Jennifer et l’ensemble de l’équipe éducative de l’école Montessori de l’Artois, près d’Arras, mon intuition m’a tout de suite dit

© Real Productions


que le film se passerait là ! D’abord la directrice et enseignante principale, Jennifer Maréchal, montrait un réel engagement et une motivation très forte face à ce projet de film. Cela s’est vérifié tout au long du tournage : Jennifer était toujours partante pour m’entretenir longuement sur sa vision de la PPN, une pédagogie « pour changer le monde de demain » comme elle le dit. L’école en elle-même déménageait cette année-là, et s’installait à l’orée d’un magnifique bois de 7 hectares peuplé de chevreuils et de vieilles essences d’arbres : cela m’intéressait de suivre les tous premiers pas de l’école dans ce nouvel environnement. Enfin, il m’a paru intéressant de mettre en lumière une école se situant dans la campagne semi-urbaine du nord de la France, afin d’illustrer l’un des slogans de la PPN : « il n'y a pas de mauvais temps, il n’y a que de mauvais vêtements » !

J’ai passé beaucoup de temps à l’école, sans caméra, à établir une relation de confiance avec les enfants, les parents et les enseignantes. Je crois que moi-même – originaire du Nord – j’ai profité de tous ces moments en forêt pour me reconnecter ! Cela a abouti à un film qui faisait vraiment partie du projet de l’école : tous les parents avaient signé les autorisations de tournage, chacun se sentait investi dans cette idée de partager l’expérience si unique que vivent là-bas les enfants en forêt.

Le tournage en lui-même s’est fait tout en douceur, au fil des saisons. J’arrivais d’abord seule, et commençais à faire quelques images moi-même : les plans de forêt, du monde vivant, et les suivis individuels d’enfants pour lesquels une certaine intimité était nécessaire. Ensuite le chef opérateur et l’ingénieur du son me rejoignaient pour quelques jours, où l’on se concentrait davantage sur les séquences de groupe et les prises de son de nature. Au fil du temps, les enfants nous ont nommé « les filmeurs » et nous ont intégré à leurs jeux, à leurs découvertes.


Que retiens tu de cette expérience ?


Comme je l’expliquais, je suis arrivée à ce sujet par des questionnements écologiques et effectivement, j’ai pu constater que les enfants de la PPN développaient une grande sensibilité au monde vivant.

Mais j’ai découvert que les bienfaits de cette pédagogie allaient bien au-delà : ces enfants – à 3, 4 ans – sont amenés à se poser des questions que certains adultes ne vont aborder qu’à la crise de la quarantaine, et encore ! C’est-à-dire qu’ils apprennent à se comprendre eux-mêmes, à se connaître, à comprendre les émotions qui les traversent, à savoir réellement ce qu’ils veulent, à l’école et dans la vie. Ils apprennent à être bien avec eux-mêmes, avec les autres, avec leur environnement. Ils apprennent à être heureux en somme. C’est une base fondamentale, qui me paraît prioritaire, et pour laquelle certains adultes auraient beaucoup à apprendre d’un petit passage à l’école de la forêt !



Quel serait ton moment pépite ?


J’ai été très marquée par ma rencontre avec Elise, 6 ans. Elle ne devait pas faire partie du film puisque je suivais principalement la classe des 3-6 et qu’elle était dans la classe des 6-11.


© Real Productions


Mais quand je suis allée faire un tour en forêt avec elle, et qu’elle m’a expliqué comment elle sentait la détresse des arbres quand d’autres enfants tapaient sur leurs troncs, comment elle parvenait à communiquer avec le monde vivant, et qu’elle a conclu en interpellant les adultes sur cette connexion perdue, j’y ai vu un appel puissant.



C’est quoi pour toi la PPN ?


Pour moi la PPN repose sur le pari que si les enfants vont bien, qu’ils aiment l’école, alors ils apprendront efficacement. Et il y a urgence à regarder comment améliorer le bien-être des enfants dans nos sociétés modernes car les chiffres sont assez effrayants : selon l’Unicef, 1/3 des enfants et adolescents seraient en souffrance psychologique, en 40 ans les jeunes ont perdu 40% de leurs capacités cardio-vasculaires, et le niveau scolaire n’est pas brillant : un enfant sur 5 arrive au collège déjà en situation d’échec scolaire.

Selon les chercheurs, tous ces symptômes font partie d’un « syndrome du manque de nature » et pourraient être drastiquement réduits si les enfants passaient plus de temps en nature.

Par ailleurs, il me semble que ce qui se joue dans les forêts de ces écoles sont des enjeux politiques, presque philosophiques. Je trouve que trop souvent, et notamment dans le débat écologique, on néglige la portée politique de la petite enfance. Alors que c’est une période fondamentale, où l’on construit notre rapport au monde, où l’on sème les graines d’un potentiel engagement écologique, où l’on construit la manière dont on va faire société demain. Les enfants ont cette capacité d’émerveillement naturelle que souvent on va brimer en les enfermant entre quatre murs, alors qu’elle est si précieuse à conserver. Je crois que l’école en forêt aide à la faire vivre au quotidien.


 



A noter : le film est en replay pour plusieurs mois encore sur :




© Real Productions


Il sera aussi diffusé en public le 1er juin à Poitiers dans le cadre des rencontres internationales de la classe dehors. https://rencontres-internationales.classe-dehors.org


 

MERCI Coraline


 

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