Pistes en PPN... Le processus, pas le résultat ou Le « sans-culotte » de la PPN (Point-Clé n° 4)


Dans notre voyage au cœur de la PPN, nous voici arrivé.e.s au Point-Clé n. 4… Un enfant perché dans l’arbre, l’air serein et observateur… et un air de douce magie partout autour de lui. Et puis ce texte :

« La.e pédagogue par la nature se libère de l’obligation de résultat et célèbre l’importance accordée au processus. On est présent.e à ce que l'on fait (ou ne fait pas), on se connecte à ses émotions et ses ressentis lors d'une activité, on raconte ce que l'on a fait et on partage ses fiertés et ses tâtonnements. Le vivant n'est pas productiviste, il est - tout simplement ».

Oulà, mais… cette dernière phrase nous fait tomber de l’arbre direct dans le bac à boue politique, là, non ?? Comme ça, l’air de rien ? Remarque, ça commençait peut-être dès la première phrase. « Se libérer », cela porte quelques connotations sociétales et politiques d’affranchissement et d’émancipation, quand même. Ce petit enfant dans son arbre serait-il finalement une sorte de sans-culotte ? Un révolutionnaire ? Voire même… un militant ?

Avant d’essayer de répondre à ces questions, je te propose d’explorer ces notions de processus et de résultat et la place qu’elles ont dans le monde actuel, puis à quoi ce point-clé peut ressembler dans notre pratique. Comme d’habitude, c’est un cheminement, une opinion, une invitation à réfléchir seul.e ou ensemble.



Sortir du bois et rencontrer la culture du résultat


Si nos ateliers de PPN prennent place dans un lieu naturel inspirant, ils s’inscrivent tout de même, bon gré mal gré, dans un contexte sociétal et culturel un peu moins inspirant : celui d’une société productiviste et capitaliste, dans laquelle le résultat prime sur le processus. Sans vouloir faire de cet article une critique des fondements productivistes de la société actuelle, je pense qu’il est utile de reconnaître la réalité dans laquelle nous, et nos participant.e.s évoluons au jour le jour – c’est aussi ça, rencontrer nos participants là où ils en sont, mais surtout, savoir aussi où l’on est nous-même.


Et que donc, pour nous pédagogues, ce point-clé nécessite une certaine déconstruction.


Bon, le cadre est posé. Ce n’est pas très joyeux, dit comme ça, et ce n’est bien sûr qu’une façon de lire le monde. Il y en a, heureusement, d’autres, plus douces, qui parlent de personnes en transition vers un monde où le vivant est respecté, célébré, aimé et où l’homme a retrouvé sa place dans la nature. Ceci-dit, dans cet article, et pour creuser ensemble la valeur de cette petite phrase dans notre pratique, je t’invite à mettre les lunettes un peu sombres, pour commencer. Suis-moi, ça va aller. C’est un chemin. La lumière est belle dans la forêt.


Voilà ce que je te propose, maintenant que tu as mis tes lunettes sombres : c’est d’explorer comment se manifeste cette culture du résultat pour savoir ce que l’on souhaite remettre en question. Quatre notions me semblent liées à cette culture du résultat :


1. le matérialisme – l’importance donnée aux objets. C’est typiquement le stress que de nombreux.ses professionnel.le.s de la petite enfance connaissent à la période de la fête de mères lorsque 30 enfants doivent avoir produit un porte-crayon en rouleaux de papier toilette, tous de qualité acceptable pour être offerts aux chanceuses mamans…


2. la performance - l’importance d’être efficace, de faire vite et bien, de ne pas « perdre de temps ». Arno qui explore l’escalier en montant et descendant les deux mêmes marches des centaines de fois nous rappelle que les enfants, eux, ne souffrent pas cette injonction d’efficacité.

3. le productivisme – l’importance d’être productif, de fabriquer, de faire. C’est la célèbre question « Qu’est-ce que tu as fait ? » en récupérant les enfants après l’école (note une nouvelle fois la non-coopération des enfants dans ce domaine, cette question se soldant souvent par un « rien » blasé).


4. la compétition – l’importance de faire mieux (ou plus vite) que les autres.


Le petit enfant dans l’arbre, sur l’illustration, arrive d’un contexte familial et sociétal où ces quatre notions sont les vents dominants, pour lui, pour ses parents et les autres adultes qui l’entourent. Il monte dans l’arbre, et que deviennent tous ces codes, toutes ces injonctions ? Comment la PPN interagit-elle avec cette culture en priorisant le bien-être de ses participants ? Comment est-ce qu’elle équipe les grimpeur.se.s d’arbre pour qu’elles.ils trouvent leur chemin dans et hors de la forêt?


On arrive à la lisière – il y a une peu de brume, des ombres – un talus touffu, mais on aperçoit la lumière. Suis-moi. On continue l’exploration.



Formatté.e.s, nous, ah bon ?


En cherchant les champs lexicaux dans lesquels on retrouve les mots « produit » et « résultat », je compte : l’économie, l’éducation, les sciences et le sport (euh… et les maths, bien sûr… mais alors là, je vais passer direct !). L’économie, ça ne m’a jamais intéressé ; les sciences, non plus et le sport… n’en parlons pas. Quand on parle d’éducation, par contre, ça vibre fort à l’intérieur de moi. Et puis ce passage par l’institution « école » est bien une sorte de vécu partagé par la plupart d’entre nous (sauf les chanceu.ses.x qui ont fait l’expérience d’une instruction libre et inspirée par leurs besoins – levez la main svp). Un passage par un système éducatif, qui certes n’est pas homogène, loin s’en faut, mais est bien régi par une institution avec des principes et objectifs définis par le haut (top-down, comme le disent les britanniques). D’où la question : qu’est-ce qu’on a appris à l’école (dans notre relation au résultat) et qu’est-ce qu’on a envie de déconstruire ?



Résultat, évaluation, jugement


Ce qui va suivre est un point de vue sur l’école en tant qu’institution. Nombreu.ses.x sont les instituteur.rice.s dévoué.e.s qui créent, œuvrent et se battent chaque jour pour faire de l’école une expérience riche et nourrissante pour tou.te.s. Cependant le système scolaire, bâti dans l’élan de la révolution industrielle, a pour charpente le programme, les notes, les bulletins qui sont l’expression d’un système voué à la productivité et au résultat. Et pas seulement, et surtout, à l’évaluation de ce résultat. Le résultat, en soi, peut être un objectif motivant et une raison d’être fier.e, voire même une inspiration – je pense notamment au grand plaisir que peut me donner un résultat que je trouve « beau » en vannerie buissonnière (quand cela arrive). Finalement, à l’école, et ailleurs dans la vie, le problème n’est pas tant une culture du résultat plutôt qu’une culture de l’évaluation et du jugement par :

- un système (valeur monétaire, notion de succès…)

- les autres (c’est bien, c’est beau, bravo…)

- et aussi par nous-même.



Ces jugements sont partout présents, jusque dans les moindres recoins de notre communication. Qu’elles soient négatives ou même positives, ces évaluations interfèrent avec notre motivation intrinsèque en redirigeant notre intention vers l’autre, plutôt que vers nous-même. Je ne fais plus ce que je fais pour le faire ; je fais ce que je fais pour faire plaisir à l’autre / être accepté / réussir / être complimenté / m’accepter… (remplis les petits points comme tu veux, sans jugements) (ah ah ah).



Comparaison et compétition – deux dynamiques naturelles ?


Enfin, et pour en finir (de manière figurée) avec le système scolaire, cette culture du résultat s’exprime aussi de manière normative. Les résultats de chacun.e sont par rapport à une norme (les attendus de fins de cycles, par exemple). L’existence d’une norme sous-tend évidemment celle d’une comparaison, mais peut-être aussi celle d’un alignement à cette norme. Dans un superbe TedTalk bien connu, Ken Robinson questionne d’ailleurs si l’école ne « tue » pas la créativité. Ou devrais-je dire, il explique pourquoi (et comment)… Pour le (re)regarder, c’est ici : school kills creativity ken robinson YouTube - YouTube


La compétition est souvent décrite comme un élan naturel, plus qu’humain. On parle souvent de la concurrence entre les végétaux – cette idée justifie même que l’on coupe certains arbres pour laisser d’autres se développer, ou bien que le plus fort « survive » au dépend des autres. Et pourtant, une autre lecture de la nature est possible – et d’ailleurs de plus en plus soutenue par la science (s’il nous fallait ça pour le croire). Une vision dans laquelle tout est coopération : des associations de plantes, comme en permaculture, à la collaboration entre champignons et arbres, aux relations symbiotiques entre animaux et végétaux par exemple. Notre fascination avec la concurrence en nature n’est-elle que le reliquat d’une vision anthropocentrée du monde ? Et si on envisageait le monde comme une réseau d’interdépendance et de coopération ?



Et la PPN, dans tout ça ?


Maintenant qu’on a creusé ensemble ces questions sociétales, on se rapproche d’une définition de ce que c’est que propose la PPN. En somme, une sorte de contre-culture. Une invitation à « être », plutôt que « faire ». Une célébration du processus pour l’émotion qu’il nous procure. Un encouragement à ne pas produire. Une façon de vivre l’expérience comme un but en soi.

Maintenant, mets tes lunettes vertes, si tu le veux bien ; je t’amène explorer à quoi cela peut ressembler, concrètement, dans nos ateliers PPN :


  • Le processus comme moteur de tout apprentissage

Dans le processus, l’enfant explore toutes les variantes de son comportement et des réponses de son environnement. C’est cette exploration profonde qui est la base même de notre mécanisme d’apprentissage : essayer, explorer toutes les conséquences et tous les aspects d’une activité, ajuster, réessayer et chaque fois, en apprendre encore un peu plus sur le monde et sur nous-mêmes. Et au passage, nous pourrions même célébrer les savoir-être qui ont jalonné ce processus : tu as eu une idée, tu as persévéré, tu as coopéré, tu as résolu des problèmes et développé des compétences dont tu avais besoin –tu peux être fièr.e !






  • Vive les erreurs !

Qu’il est difficile de s’octroyer le droit à l’erreur ! Exigence, ego, fierté…. on n’est pas tou.te.s éga.les.ux dans notre rapport à l’erreur : il y a ceux qui en ont horreur, ce qui ressentent de la terreur, ceux qui n’en n’ont même pas peur… Comment nous, les adultes encadrants, parlons-nous des « erreurs », celles des participant.e.s, mais aussi les nôtres ? Les reconnaissons-nous, quand elles viennent de nous ? Les célébrons-nous ? En Pédagogie Par la Nature, il y a peu d’« erreurs » possibles, car peu de consignes, mais il peut y en avoir dans les explorations libres ou guidées : le clou que j’ai choisi était trop gros et a fendu le bois ; j’ai tant écorcé mon bâton qu’il s’est cassé…



« Il faut se planter pour pousser » - en voilà une jolie phrase qui nous invite à fêter nos erreurs et leur redonner toute leur place dans la richesse et l’élan du vivant.



  • Une culture de l’inefficience et une autre expérience du temps

Dans son livre « Le concept du continuum » (livre datant de 1975 inspiré d’un temps de vie de l’auteure en jungle amazonienne et promouvant une parentalité proximale), Jean Liedloff parle d’une société où la course à l’efficacité est totalement inexistante. Les femmes du village passent leur temps à descendre à la rivière pour y remplir une petite gourde d’eau. Ce qui transparaît, c’est le plaisir que ces femmes éprouvent à descendre en groupe en discutant et en riant, à jouer et à s’éclabousser dans la rivière. Elles n’ont pas de motivation à être plus efficaces car le plaisir du processus est en lui-même une motivation suffisante.

Et si nos ateliers en PPN redoraient le blason du processus ? Si on en parlait, dans nos cercles de partage ? Si on le racontait pour le faire exister ? Si enfin, on cultivait ces invitations à ne « rien » « faire » - coins lecture, sit spots (on l’appelle "Bulle Verte" dans notre forêt maintenant), ressources minimalistes, aventures en errance…


Pour que nos participant.e.s puissent faire cette autre expérience du temps, la base, c’est probablement que nos ateliers leur octroient ce temps. La PPN nécessite des ateliers longs et vides – ce vide qui est souvent perçu comme négatif dans la société actuelle (synonyme d’inactivité et d’ennui) invite les participant.e.s à le remplir, à créer et/ou simplement « être » pleinement. Quelle bouffée d’air !



  • Du flow et de la joie !

Et voilà le chemin qui nous amène à une vaste clairière lumineuse…. celle du « flow », ou expérience optimale, décrite dans les années 70 par Csikszentmihalyi, docteur en psychologie hongrois. Le « flow » associe juste défi, forte motivation, concentration maximale ; il mobilise nos émotions, nos compétences et notre acuité sensorielle pour apprendre et agir de manière performante…. Etre dans le flow, c’est perdre toute notion du temps quand notre être entier est au service d’une tâche qui nous nourrit. Ça te rappelle des souvenirs ? Ça a un goût de reviens-y ? Pas étonnant, d’après cet expert en psychologie positive, c’est l’une des clés du bonheur, rien moins que ça ! Si tu veux en savoir plus sur le « flow », tu peux lire cet article-là : https://www.gordon-crossings.com/psychologie-positive-le-flow-de-csikszentmihalyi/ ou écouter ce Ted Talk de la bouche de Csikszentmihalyi lui-même : Mihaly Csikszentmihalyi: Flow, the secret to happiness | TED Talk


Bon concrètement, pour accompagner nos participant.e.s vers le flow, on fait comment ? Voici quelques idées à explorer si le cœur t’en dit :


- une connaissance profonde de chacun.e dans tes groupes

- des propositions centrées sur les besoins de chacun.e – qui seront motivantes et inspirantes, tout en étant adaptées à leurs compétences actuelles (le juste défi)

- des personnes-ressources et une culture du partage des compétences

- la liberté de choix comme principe essentiel de nos ateliers


Dans les conditions empêcheuses de « flotter » en rond, on retrouve notamment une importance excessive accordée au résultat et un stress lié à l’injonction d’efficacité. Art-Mella, dans ses célèbres BDs « Emotions : enquête et mode d’emploi » décrit en détails les mouvements contradictoires créés en nous par le sentiment d’être « sous pression » de faire vite, bien etc. D’un côté, la peur nous fait reculer ; de l’autre, c’est la joie qui nous permet d’avancer. Si je stresse par rapport au résultat, en moi, ça tiraille, c’est inconfortable, et je blesse ma confiance en moi en n’ayant pas le sentiment d’être à la hauteur du défi que j’ai relevé.





Concrètement, comment ça se cultive, la joie, dans nos ateliers ? On joue, on rit, on est soi-même, on est présent.e, on retrouve son enfant intérieur, on ne se prend pas trop au sérieux tout en étant professionnel.le. Quelque chose comme ça, peut-être ?



  • Non-consommation, non-production et jeu libre

Fini, donc, le temps des trente enfants qui rentrent tous à la maison avec une empreinte de feuille chacun ! Attends… mais quoi, t’es radin.e ou… ? ou bien tu veux pas te casser la tête, c’est ça ? Non, ni l’un ni l’autre… En fait, c’est plutôt que :


- j’ai envie d’incarner le principe de non-consommation des ressources, une des clés pour maximiser les chances de notre survie sur Terre (processus mal engagé, très franchement)


- j’ai aussi envie de questionner l’injonction sociétale à produire – en ne ramenant « rien » à la maison, les enfants, tels de petits chevaux de Troyes, participent au changement de paradigme en normalisant la non-production.


- les participant.e.s à mes ateliers se sont senti.e.s libres et capables de faire des choix et d’écouter leurs besoins et leurs envies


- je sais lâcher prise sur mes objectifs pour créer un espace où les particpant.e.s peuvent suivre les leurs.


- en proposant des créations éphémères, nous avons tou.te.s retrouvé un peu plus notre place (elle aussi éphémère) dans le vivant.


- mon accompagnement ne s’évalue pas au travers des objets qu’il produit, j’ai été présent.e auprès des enfants même s’il n’existe aucune trace « matérielle » de ces moments partagés.


Plus j’avance dans la rédaction de cet article, puis il m’apparaît que ce point-clé sous-tend vraiment tous les autres. On touche ici à la puissance du jeu libre dans ses implications sociétales et éthiques, au-delà de ses bienfaits clairement identifiés par les récentes recherches. Je ne sais pas toi, mais personnellement, la profondeur de portée de la PPN ne cesse de m’émerveiller. Ouah.



  • Processus et place de l’adulte

Entourée de 15 enfants qui explorent librement, me voici moi, adulte encadrant, face à ma propre relation au résultat. Pour accompagner au mieux mes participant.e.s et co-créer cette culture qui célèbre le processus et accueille sans jugement les résultats, j’ai un petit travail à faire sur moi-même. C’était ça qui était écrit tout petit au bas de la page, quand t’as décidé de signer ton contrat de pédagogue par la nature…. tu te souviens ? ;)

C’est un travail en cours commencé il y a quelques années pour moi et je t’en livre quelques éclairages en toute conscience que chacun.e doit trouver son chemin.


Accueillir les émotions – les leurs et les nôtres

Il est une émotion qui fait souvent partie du processus d’apprentissage, c’est la frustration. Elle peut naître directement des difficultés de l’enfant à arriver à ses objectifs, mais elle peut aussi être largement liée à notre propre difficulté à accepter l’exploration de l’enfant. Quand aider ? Quand intervenir ? Est-ce trop dur pour l’enfant ou est-ce trop dur pour moi ? Les enfants peuvent parfois nous surprendre en ne vivant pas comme un échec une situation qui nous paraît à peine soutenable. L’allumage de feu en famille est un grand classique : les adultes volent au secours des enfants alors même qu’ils viennent à peine d’essayer. Projetant leur propre douleur face à l’échec, les adultes bien intentionnés tentent d’épargner cette expérience à leur bambin – on l’a tou.te.s fait, probablement.

Ce qui peut surprendre, c’est la réaction de l’enfant qui n’a pas sollicité d’aide et qui vit cette interruption comme une dépossession de son processus d’apprentissage. Une déviation imposée, alors que sa boussole intérieure suffisait très bien, merci. Colère, ou extinction, puis passage à autre chose. En tous les cas, l’impact peut porter sur sa confiance en soi et son estime de soi – suis-je capable, sans l’adulte ?



Cultiver la langue du non-jugement

Nommer ce que l’on voit, encourager l’auto-appréciation (et toi, qu’en penses-tu ? en es-

tu fier.e ?), résister à l’habitude sociétale de comparer et de normer, célébrer la diversité du vivant… de chouettes objectifs qui demandent un travail sur soi, un travail d’équipe et des temps d’auto-formation (déconstruire pour reconstruire).

Véritables expressions d’une relation adulte-enfant inégale, les jugements qui s’expriment en positif ou en négatif au quotidien constituent des freins puissants au développement de la motivation intrinsèque – cette force qui nous permet de faire pour nous-mêmes, parce qu’en nous sont nés l’envie et l’élan de faire, d’apprendre ou d’explorer.

Si tu as la motivation (intrinsèque) de creuser ce sujet ou besoin de communiquer avec ton équipe là-dessus, Bougribouillons illustre bien la question avec son affiche intitulée « Bravo ! »


















Contribuer à une culture de la coopération et des savoir-être

Autrement dit, comment nous, les adultes contribuons-nous à changer de paradigme et normaliser une culture de la coopération ? Concrètement, la question nous amène à réfléchir aux jeux que nous proposons dans nos ateliers, mais aussi à quel modèle nous incarnons : est-ce que je me positionne en expert ? En gagnant ? Est-ce que je propose des modèles lors des activités créatives (le mien étant toujours clairement le plus beau, hein !) ;) ? Est-ce qu’il est clair pour tou.te.s que moi, adulte, j’ai encore tant apprendre…. et j’aurai, toujours, tant à apprendre ! Et si on imprimait des t-shirts qui disaient : « personne en cours de construction » ??


Autre dimension de notre incarnation des valeurs telles que la coopération : celle des relations qu’on entretient entre nous, pédagogues par la nature, entre les différents projets d’un même territoire. Car ce serait hypocrite que de parler de coopération à nos participants si nous n’appliquons pas cela dans nos relations au sein du réseau. Valorisons le processus là-aussi, en prenant le temps d’apprendre à se connaître, en communiquant, en travaillant activement à nos complémentarités… plutôt que de laisser l’urgence du résultat nous pousser dans un état de dissonance cognitive. Faisons forêt en prenant soin de nos mycorhizes.


Plus facile à dire qu’à faire c’est sûr – mais c’est pour moi, le chemin que nous propose la PPN, individuellement et collectivement. Et si ensemble nous créons ce réseau, cette forêt, nous partageons cette responsabilité des savoir-être que l’on y cultive.



Conclusion : Yes it’s f------ political !


« Le vivant n’est pas productiviste ; il est, tout simplement » - on est bien, là, dans notre clairière, avec les lunettes vertes, hein ? T’entends Skunk Anansie, au loin, là-bas, dans la forêt ? Ah bon ?


Si tu es encore là, merci de m’avoir suivie ; je suis heureuse d’avoir partagé ce bout de chemin PPNesque avec toi le temps d’un article. Maintenant je te dois une explication. En commençant cet article, je m’étais promis de ne pas en faire une pièce politique. Je t’ai livré mon opinion, sans filtre, sur la façon dont la PPN, philosophie de vie plus que pédagogie, nous propose de changer de paradigme. En questionnant l’un des fondements majeurs de la société actuelle, l’injonction omniprésente au résultat. Des 7 points-clés, c’est celui qui, à mon avis, nous bouleverse profondément et porte aussi le plus grand potentiel de transformation pour nous tou.te.s. Et cela même en fait une phrase politique, au sens citoyen du terme. Si nous changeons tou.te.s, la société change elle aussi. En bref, mon idée de départ était, je pense, vouée à l’échec (heureusement que c’est le processus qui compte… )


Je te confie quelque chose d’autre. Voici presque cinq ans maintenant que j’ai cofondé notre réseau et il est, je trouve, l’illustration même de ce principe. Depuis sa création, il tâtonne, il explore, il s’évalue et il se ré-invente. C’est une affirmation qui va bien à l’encontre des normes sociétales qui encouragent à avoir une vision claire, avancer d’un pas décidé, ne pas revenir en arrière… Ça peut ne pas inspirer confiance à certain.e.s. C’est ok. Ces personnes trouveront d’autres forêts, peuplées de plus de certitudes. Personnellement je suis fière de ce réseau qui n’est que processus, parce qu’il incarne véritablement les valeurs que défend la PPN : nous sommes « en cours », le réseau est « en cours ». Nous vivons. Le réseau aussi. C’est bien ce processus qui nous relie au vivant autour de nous et en nous.


Enfin, si une société entière vit sous l’emprise du résultat, elle est soit trop apeurée d’échouer pour tenter quoi que ce soit, soit pas assez « présente » pour questionner quoi que ce soit. En somme, elle est figée, nous sommes figé.e.s et c’est le statu quo qui règne. Incarner ce « processus, pas résultat », c’est laisser se faire en nous puis à l’extérieur de nous la joyeuse (r)évolution du vivant.



Julie RICARD


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